Voilà les fondations du nouvel imaginaire en gestation. Voilà en quoi l’ingression n’est point simple régression. Les sociétés primitives se fondaient sur un rapport au temps circulaire. La modernité s’est construite sur une conception linéaire de l’histoire. Il faut que les hommes politiques, s’ils ne veulent pas être entièrement déconnectés de leur époque, sachent penser, avec courage et lucidité, la spirale : c’est à dire le lien complexe s’établissant entre le retour des formes traditionnelles et de développement technologique. Michel Maffesoli – Le Figaro p. 14 – 1/9/2010
Les romans sont utiles, et ils sont précieux, parce que nous voulons du sens, et la fiction est l’espace où le sens est créé. Une vie nourrie de littérature bénéficie d’une éducation morale permanente, d’une géographie complète du monde humain. L’anticipation se vit au présent – Kim Stanley Robinson – Courrier International n°1030 p.20 – 07-08/2010
Est-on dans une époque qui favorise la rencontre ou pas ?
D’un côté, l’espace de la rencontre possible s’agrandit, à cause des moyens de transport et de communication. De l’autre, cet élargissement, comme toujours, se paie d’une “ désintensification ”. Les rencontres sont si faciles, si nombreuses, que l’intensité de changement qu’on peut accepter à partir d’elles n’est plus la même. On introduit un système de précaution : je prends quelqu’un de suffisamment semblable à moi pour espérer faire un chemin avec cette personne en restant exactement ce que je suis. C’est une tendance du monde contemporain d’introduire une fausse variété à l’intérieur d’une grande permanence. Ce ne sont pas des rencontres ?
Non, ce sont des consommations. Car le modèle caché de tout cela, c’est le marché. Alain Badiou – Entretrien – Télérama n°3160-3161 – p. 11 – Août 2010
L’entreprise s’est réfugiée aux deux extrémités du spectre : la conception et le marketing d’un côté, la vente et le contact client de l’autre. Tout ce qui est au milieu, production et logistique, est sous-traité, essentiellement en Chine. […]
L’Amérique, dit-il, y perd non seulement ses emplois, mais aussi ses compétences. La leçon vaut pour l’Europe.
L’entreprise du XXIe siècle doit donc encore trouver son modèle de responsabilité sociale. Car, si les plantureux profits d’aujourd’hui ne sont plus les emplois de demain, il n’est pas sûr qu’en ces temps de crise, les consommateurs et/ou les citoyens supportent longtemps ces comportements de passagers clandestins de la mondialisation. Philippe Escande – Idées – Les Echos p.8 – 22/7/10
Pour donner un enrobage intellectuel à cette course effrénée vers l’immortalité, une nouvelle doctrine est née outre-atlantique : le transhumanisme. Cette soupe à prétention humaniste, qui ne mérite pas d’être qualifiée de philosophie, remet en cause les fondements de notre conception européenne de l’humanisme et des droits de l’homme. Mais aussi de la médecine, qui n’aura plus seulement pour objet, comme depuis Hippocrate, de soigner, de prévenir et de soulager. Elle tendra à absorber une nouvelle discipline dans laquelle des biologistes démiurges permettront aux hommes d’accéder à un âge de plus en plus avancé… jusqu’à l’immortalité. Roland Moreau – Le Figaro p.17 – 2/8/10 auteur du livre – L’immortalité est pour demain. Les nouveaux chemins de la science – Ed. Bourin
J’aime la compagnie d’auteurs anciens, l’anachronisme. Ne pas être en phase avec le moment où on vit, c’est comme une migration dans le temps qui vous aide à mieux voir l’époque où vous vivez. Hans Magnus Enzensberger – Entretien – Télérama n°3157 p14 – Juillet 2010
«Même si vous ne cliquez pas sur un lien, vos yeux le remarquent. Quelques neurones s’allument pour décider si vous aller cliquez ou pas [...] Plus il y a de liens dans un article, plus votre compréhension est affectée», affirme le journaliste Nicholas Carr. Repris de 20minutes.
Cet antique schéma qui traverse l’histoire, il faut le quitter. Cessons de séparer action et réflexion, théorie et pratique, travail intellectuel et tâches concrètes. Ne réservons pas la pensée au loisir. On peut aussi bien réfléchir l’hiver, en pardessus, dans la cohue des tâches quotidiennes. Après avoir convoqué Platon sur la plage, on ferait bien d’emmener Socrate au bureau, ou de partir avec Sénèque en mission. Pourquoi ne pas s’exercer à aiguiser sa réflexion en tout temps, tout lieu, à tout propos ? En agissant, en travaillant, en combinant tous les registres. Au lieu de reproduire les schémas de l’Antiquité, mieux vaudrait repenser nos manières de les transformer. Roger-Pol Droit – Les Echos – 7/7/2010 – p13
Nous vivons une synchronisation de l’émotion, une mondialisation des affects. Au même moment, n’importe où sur la planète, chacun peut ressentir la même terreur, la même inquiétude pour l’avenir ou éprouver la même panique. C’est quand même incroyable ! Nous sommes passés de la standardisation des opinions – rendue possible grâce à la liberté de la presse – à la synchronisation des émotions. La communauté d’émotion domine désormais les communautés d’intérêt des classes sociales qui définissaient la gauche et la droite en politique, par exemple. Nos sociétés vivaient sur une communauté d’intérêt, elles vivent désormais un communisme des affects. Interview de Paul Virilio Libération 03/07/2010
Mais existe-t-il une « bonne » vitesse pour l’homme ?
Si nous voulons devenir esclaves de la vitesse que nous avons créée, la question ne se pose pas. Mais je suggère plutôt que nous nous demandions quelle vitesse nous souhaitons pour vivre une « bonne » vie. Et pour répondre, il faut reprendre la vieille réflexion sur ce que pourrait être, justement, cette « bonne » vie. On s’est trop longtemps contenté de répondre qu’il s’agit d’un problème privé, que chacun doit décider par et pour lui même. Foutaises ! Les structures temporelles de la société ne sont ni des données naturelles, ni des choix individuels : ce sont des constructions sociales. Hartmut Rosa – Télérama n°3155 p.24 Juin 2010 – Interview.
Dans l’émergence de cette nouvelle écriture, « l’autre » change. Il devient « l’inter-autre » ; […] Avec le numérique, et cette dissolution possible du « qui parle », de sa légitimité, tout est bousculé. Pensez à l’information ! Peu à peu, on a perdu la mesure de ce qu’était la différence entre correspondance et publication, en laissant publier de l’information qui n’avait pas les caractéristiques de l’information « publiable ». Or, la vraie valeur d’une information, ce n’est pas son accessibilité mais le fait qu’elle soit encadrée, émises par des « marques « prescriptrices, reconnues – un journal, une radio…
Olivier Bomsel – Interview Télérama n°3153 Juin 2010 à propos de son livre L’Economie immatérielle, Industries et marchés d’expériences – Ed Gallimard
Le projet d’intégration européenne est un projet de civilisation. Jusqu’à présent, il y a toujours eu des leaders politiques capables de surmonter les crises avec une vision. Est-ce toujours le cas ? […] On voit bien qu’il faut fabriquer non pas une nation européenne, mais une souveraineté fondée sur une action collective continue, régulière, qui fasse passer le politique au-dessus du juridique. Pour continuer ensemble, il va falloir accepter des éléments d’une souveraineté européenne. Mais on ne voit pas de politiques visionnaires… Michel Aglietta – Entretien – Télérama n°3152 – p.18 – Juin 2010