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Contributions sur les systèmes d’information et le réseautage dans la Santé.
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publiées sur
https://www.idee-s.info

19 juillet 2006

Curieuse destinée, de l’obstacle au spectacle. (https://www.idee-s.info/40/curieuse-destinee-de-lobstacle-au-spectacle/)

Cet article est classé dans Humeurs — Auteur :

Feu et Ecrans  Quelle destinée que celle de l’écran depuis le 14e siècle !

Curieuse destinée que celle de l’écran. Le mot nous vient du néerlandais (14e siècle) « scherm », puis « escren »: pare-feu. L’écran est un objet, un panneau destiné à arrêter un rayonnement, thermique, lumineux…, à protéger d’une agression. L’éventail est un écran à main (portable !), il cache et permet de voir sans être vu. Et le bouclier, la haie, le mur, le nuage, le rideau, la lune de l’éclipse…
En technique électronique, l’écran est un blindage qui protège des radiations électro-magnétiques. Ecran de fumée de la stratégie militaire. Et ces écrans « qui en jettent », qui ne sont que des cache-misère. La société-écran pour occulter la magouille. L’écran des préjugés et des idéologies qui masquent les réalités de notre époque. Et l’écran miroir qui satisfait Narcisse et qu’Alice traversera….

Feu et EcransAinsi l’écran s’interpose, mais il ne fait pas que de l’ombre, au 19e siècle il reproduit l’image de la lanterne magique. « Terme de physique: tableau blanc sur lequel on fait tomber l’image d’un objet » (Littré). Les photographes dans leurs labos en contrôlent l’opacité et la transparence sélectives au spectre lumineux qu’ils veulent filtrer, le réalisateur de cinéma l’utilise pour infléchir et maîtriser la lumière solaire (réflecteur)…

C’est bien l’avènement du cinéma qui consacre sa nouvelle définition : surface où se reproduit l’image d’un objet. Qu’il soit grand ou petit, de toile, cathodique ou LCD, l’ECRAN est devenu le métonyme d’un art authentique, d’une technologie omnipotente et omniprésente, le synonyme de médium par excellence. Ainsi ce porteur d’ombre devient l’instrument de la monstration, voire de l’ostentation. Obstacle à son origine il est devenu spectacle ( il n’est noir que pour nos nuits blanches ! ), il change de parade ! Il est vrai que l’écran, du pare-feu au paravent, déjà, se parait et s’ornait de motifs décoratifs, d’images, pour le plaisir de l’oeil ! Déjà il se donnait « à voir », de la protection à la séduction (parergon anticipateur ?).

Cependant il y a dans cette évolution (extension) paradoxale du sens du mot, une inversion fondamentale de la nature de l’objet. Jusqu’à (et y compris) son utilisation par la photo et le cinéma, l’écran est passif, il se caractérise surtout par sa surface, sa texture, sa capacité d’absorption ; il reçoit, arrête, détourne, éventuellement reflète. Il ne consomme ni ne produit de l’énergie, statique au possible ! Avec l’apparition de la télévision, l’écran (du poste, du moniteur vidéo, de l’ordinateur) est une « machine » active, on lui fournit de l’énergie, des informations, des signaux (analogiques ou numériques), il va jusqu’à intégrer tout ou partie du calculateur. Il produit l’image, la révèle.

Dois-je vous avouer que mon écran, tout en s’ouvrant au monde, me cache aussi un grand désordre de câbles, de prises et… de papiers sur mon bureau ! Tout près, la fenêtre s’entrebâille sur un écran de verdure et le chant de l’oiseau moqueur !

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Un commentaire »
  1. La lecture du texte de Gilbert mérite d’être suivi par celle du texte paru dans Médium n°15 (avril-mai-juin 2008) de Yves Racicot – Le tout-à-l’écran dont voici un extrait de la conclusion : « Comment dans cette ère de l’illusion du tout-l’écran pour tous, pouvons-nous encore détourner le regard voir autrement ? Pour notre vision, faut-il le rappeler, la paupière demeure notre premier écran.

    Comment by Michel — 11 mai 2008 @ 18:50

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