J’aime la compagnie d’auteurs anciens, l’anachronisme. Ne pas être en phase avec le moment où on vit, c’est comme une migration dans le temps qui vous aide à mieux voir l’époque où vous vivez. Hans Magnus Enzensberger – Entretien – Télérama n°3157 p14 – Juillet 2010
«Même si vous ne cliquez pas sur un lien, vos yeux le remarquent. Quelques neurones s’allument pour décider si vous aller cliquez ou pas [...] Plus il y a de liens dans un article, plus votre compréhension est affectée», affirme le journaliste Nicholas Carr. Repris de 20minutes.
Cet antique schéma qui traverse l’histoire, il faut le quitter. Cessons de séparer action et réflexion, théorie et pratique, travail intellectuel et tâches concrètes. Ne réservons pas la pensée au loisir. On peut aussi bien réfléchir l’hiver, en pardessus, dans la cohue des tâches quotidiennes. Après avoir convoqué Platon sur la plage, on ferait bien d’emmener Socrate au bureau, ou de partir avec Sénèque en mission. Pourquoi ne pas s’exercer à aiguiser sa réflexion en tout temps, tout lieu, à tout propos ? En agissant, en travaillant, en combinant tous les registres. Au lieu de reproduire les schémas de l’Antiquité, mieux vaudrait repenser nos manières de les transformer. Roger-Pol Droit – Les Echos – 7/7/2010 – p13
Nous vivons une synchronisation de l’émotion, une mondialisation des affects. Au même moment, n’importe où sur la planète, chacun peut ressentir la même terreur, la même inquiétude pour l’avenir ou éprouver la même panique. C’est quand même incroyable ! Nous sommes passés de la standardisation des opinions – rendue possible grâce à la liberté de la presse – à la synchronisation des émotions. La communauté d’émotion domine désormais les communautés d’intérêt des classes sociales qui définissaient la gauche et la droite en politique, par exemple. Nos sociétés vivaient sur une communauté d’intérêt, elles vivent désormais un communisme des affects. Interview de Paul Virilio Libération 03/07/2010
Mais existe-t-il une « bonne » vitesse pour l’homme ?
Si nous voulons devenir esclaves de la vitesse que nous avons créée, la question ne se pose pas. Mais je suggère plutôt que nous nous demandions quelle vitesse nous souhaitons pour vivre une « bonne » vie. Et pour répondre, il faut reprendre la vieille réflexion sur ce que pourrait être, justement, cette « bonne » vie. On s’est trop longtemps contenté de répondre qu’il s’agit d’un problème privé, que chacun doit décider par et pour lui même. Foutaises ! Les structures temporelles de la société ne sont ni des données naturelles, ni des choix individuels : ce sont des constructions sociales. Hartmut Rosa – Télérama n°3155 p.24 Juin 2010 – Interview.