Sur Internet, tout est gardé, stocké, et peut ressurgir. Si l’on veut faire du Web un espace de citoyenneté, d’éducation, de débat d’idée, il faut régler cette histoire de droit à l’oubli, arrêter cette atteinte massive à la vie privée. Les citoyens doivent pouvoir être maîtres de leur expression sur Internet, avoir le droit de changer, ça fonctionne aussi sur la base de l’anonymat. On rejoint d’ailleurs la notion de construction d’une société : on ne peut avancer en paix que si l’on organise intelligemment sa mémoire… Emmanuel Hoog – Interview TGV magazine mars 2010 p.81
C’est vrai – mais la population des jeunes cadres, où les filles sont désormais majoritaires, n’est-elle pas la pépinière des dirigeants de demain ? Tout se passe comme si les filles, nourrissant peu d’illusions sur l’application spontanée du principe « à qualification égale, salaire égal », avaient résolu de franchir l’obstacle sociologique par un bond qualitatif.
Les philosophes verront peut-être là un effet de la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave – ce dernier tirant son énergie du désir d’inverser le rapport de forces. En tout cas, moins médiatique que la revendication féministe, le simple jeu des générations semble bien préparer, sinon un basculement, du moins un rééquilibrage du pouvoir. Favilla, Les Echos – 4/3/2010 p. 14
Comme d’autres mesures liées à la surveillance et à la sécurité, les scanners [corporels dans les aéroports] témoignent de cette tendance à remplacer le jugement par un impératif de responsabilité anonyme justifiée par des “évidences” supposées. N’était-ce pas du jugement et de l’appréciation des responsables policiers que dépendait notre sécurité ? Ne leur incombait-il pas de soupeser les informations que la technologie leur fournit au nom de l’intérêt public ? Quand nous renonçons à notre responsabilité et que nous nous retranchons derrière la (fausse) promesse d’une technologie “qui voit tout”, nous devenons toujours plus aveugles aux défis qui se posent aujourd’hui à nous en tant que civilisation. José Ramón Ubieto, La Vanguardia, Barcelone – cité dans COURRIER INTERNATIONAL N° 1008 p.29 – Mars 2010
Ce ne sont pas les objets qui font la valeur d’une existence humaine, mais les relations que nous tissons entre nous. Dès lors, ce qu’il s’agit de « développer », dans les sociétés du Nord comme du Sud, c’est la qualité des réseaux sociaux, du tissu humain sans lequel il n’y pas d’existence humaine digne. Les objets marchands, alors, ne sont plus que des instruments en vue de l’épanouissement des relations que nous nouons grâce à eux. C’est évident à propos du téléphone, d’Internet et des nouvelles technologies de communication : si je suis seul au monde à posséder un téléphone, il n’a aucune valeur. Si nous sommes six milliards… Mais cela vaut, en réalité, pour le plus grand nombre des biens que nous manipulons, hormis une petite catégorie de « biens primaires » – biens de survie dont, il est vrai, une part non négligeable de l’humanité demeure privée encore aujourd’hui. Cela suppose de repenser de fond en comble ce que les économistes ont coutume d’appeler la « théorie de la valeur ». Immense chantier à la fois théorique, anthropologique, éthique, qui suppose, au plus profond, d’oser croire que la relation aux autres n’est pas un risque (dont la marchandisation de tout rapport humain ferait disparaître la dangerosité grâce au miracle de la « main invisible »), mais une chance. Gaël Giraud et Cécile Renouard – Les Etudes n°4121 p.25 – jan. 2010