Finalement, notre système dans son ensemble se fragilise d’année en année. L’époque où le “vivre ensemble” se fondait sur l’existence de règles communes, sur des autorités de proximité les faisant respecter, et sur des citoyens qui les connaissaient et y adhéraient semblent révolue. Les espérances collectives ont cédé la place aux inquiétudes collectives et aux émotions médiatiques. Notre société gère son angoisse par une décharge d’agressivité là où nous attendions un regain de solidarité. J’en veux pour preuve la généralisation et la banalisation des faits de violence, à l’école, en famille, dans les hôpitaux, envers la police. Les grandes équations qui permettaient le consensus au sein de notre société semblent marquées d’obsolescence : un diplôme ne garantit plus un travail, une intervention étatique ne garantit plus la correction ou la suppression d’une injustice. Notre société en quête de sens se révèle aujourd’hui plus usée psychologiquement que physiquement. Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la République – Edito Rapport 2010
L’individualisme exacerbé de nos sociétés conduirait non pas à l’affirmation douloureuse de la plus grande singularité contre la norme (et que la mode met en scène), mais à l’anonymat, au retrait de toute identité.
Depuis les Romains, nous avons le droit d’être une « personne », c’est-à-dire de porter un masque qui à la fois dévoile et protège notre identité. L’hyperindividualisme propose le voile, le cache, le rideau : la possibilité de vivre en choisissant le regard des autres. Un choix bien plus troublant que tous les communautarismes.
L’idée de métamorphose, plus riche que l’idée de révolution, en garde la radicalité transformatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, de l’héritage des cultures). Pour aller vers la métamorphose, comment changer de voie ? Mais s’il semble possible d’en corriger certains maux, il est impossible de même freiner le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète aux désastres. Et pourtant l’Histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains. Edgar Morin – LE MONDE – 09.01.10
Edison n’a pas inventé la lampe, il l’a perfectionnée jusqu’à en faire un produit industriel.
La dernière règle de l’innovation c’est le travail collectif, mêlant toutes les compétences, de la conception à la production et la vente. Les innovateurs ne cherchent pas, ils mettent la connaissance, et les trouvailles des autres, au service de leur propre enrichissement et accessoirement de celui de la société, souvent au détriment des puissances établies. La France, qui s’interroge sans cesse sur sa compétitivité sans savoir que faire, devrait en prendre de la graine. Dans un monde qui change, la richesse des nations ne vient pas de leur talent scientifique, mais de leur capacité à innover. Philippe Escande – Editorial – Les Echos 28/1/2010 p.14