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Contributions sur les systèmes d’information et le réseautage dans la Santé.
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Contributions sur les systèmes d’information et le réseautage dans la Santé.
publiées sur
http://www.idee-s.info

4 mars 2006

Archéologie du réseautage (http://www.idee-s.info/22/archeologie-du-reseautage/)

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A l’inscription du mot « réseautage », mon correcteur d’orthographe a rougi de colère. […] nos amis Québécois nous ont tant habitués à une création lexicale motivée et pertinente qu’il m’a paru intéressant de suivre la démarche de ces créateurs de « courriel » qui préfèrent la « toile » au « web » (et le bon français à l’anglais envahissant).

A l’inscription du mot « réseautage », mon correcteur d’orthographe a rougi de colère. A vrai dire je ne trouve pas ce mot très élégant, mais il est né sur les rives du Saint-Laurent et nos amis Québécois nous ont tant habitués à une création lexicale motivée et pertinente qu’il m’a paru intéressant de suivre la démarche de ces créateurs de « courriel » qui préfèrent la « toile » au « web » (et le bon français à l’anglais envahissant).

ideogramme网 Le mot « réseau » apparaît au 13 ème siècle, de « resel » (1180), de « rets » (1120) diminutif du latin « retis » (ouvrage formé d’un entrelacement de fils,.. qui sert à la capture de certains animaux). Bref, voilà notre Moyen Age doté d’un substantif bien établi, de bonne filiation et qu’une polysémie galopante promet à un grand avenir ! (Le grand Robert propose 11 acceptions du mot « réseau » qui touchent à de nombreux domaines : des mathématiques à la physique, de la biologie à la physiologie, de la psychologie à la sociologie, la communication et l’ensemble des sciences humaines).

Après la parole linéaire, l’écriture tabulaire, notre temps numérique, qui découvre la complexité, se révèle réticulaire ! Et son langage (outil) de changer ! De plus en plus nous sommes tenus de considérer les choses entrain de se faire,  » l’ouvrage se faisant » (un peu comme Derrida qui définit le concept de « différance » par la production de la différence). Processus. La langue anglaise dispose d’un outil pratique, son participe présent : terminaison, en « ing ». « Networking » = action de constituer un réseau. Les Québécois, fort opportunément, nous rappellent que la langue française dispose elle aussi d’un outil comparable ; la suffixation en « age » du verbe d’action ! Le tricotage c’est le fait de tricoter, bel ouvrage ! On assimile l’oeuvre à sa réalisation, à juste titre car celle-là est tout entière dans celle-ci. Ainsi fut créé le mot « réseautage ». Le « T » est là par contrainte phonologique pour éviter l’hiatus entre les deux voyelles, le mot se construit à la façon de « chapeautage » ou « noyautage » (On peut noter ici, mais ceci est une autre histoire, que le chapeautage et le noyautage sont les deux obstacles majeurs du réseautage, chape oppressive et centration manipulatrice !).

Nous voici avec deux substantifs, réseau et réseautage, il faut inventer un verbe qui doit répondre à une double exigence, celle de contenir le mot- souche (étymon) et celle de justifier la suffixation du deuxième nom : réseauter s’est imposé (bien que la charrue ait été placée avant les boeufs !). Ainsi réseauter c’est tisser un réseau de relations, (sans être ni chapeauté ni noyauté !), produire un tissu en un processus de réseautage, un texte d’écriture réticulaire. Maillage et connexion, maille et noeud sont des termes étroitement liés à la notion de réseau, certains les utilisent comme métonymes du réseautage, abusivement, me semble-t-il, car il s’agit là d’éléments importants, certes mais constitutifs et descriptifs, qui pourraient relever d’une réseaugraphie (avec ce que cela implique de recours aux mathématiques des fractals et des graphes). A noter que noeud, connexion et noyau ont la même étymologie, ce dernier apparaît comme une évolution perverse des deux premiers, en tout cas dans la question qui nous intéresse ! Ici et là, on parle de réseautique pour désigner les réseaux de machines et leurs technologies, pourquoi pas ?

Décidément nos amis Québecois ne nous ont pas déçus ! Mais il va falloir que je corrige mon correcteur d’orthographe.

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